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Il est 17 heures 30 minutes. Ce 23 février 2008 , lorsque J

Il est 17 heures 30 minutes. Ce 23 février 2008 , lorsque Jean Michel Nintcheu, député à l’Assemblée nationale et alors président provincial du Social Democratic Front pour le Littoral, annonce l’annulation du meeting qu’il avait projeté au rond point de Madagascar ce jour-là. Son appel avait été entendu par une centaine de partisans.

Plusieurs journalistes nationaux et étrangers avaient également honoré ce rendez-vous, dans un contexte de vives tensions sociales. Mais l’autorité administrative, précisément le sous-préfet de l’arrondissement de Douala 3ème, a opposé une fin de non recevoir. Nintcheu et ses camarades quittent le carrefour Madagascar, peu avant 18 heures. Les éléments de la police vident également les lieux. Aussitôt, un char de la gendarmerie débarque à Madagascar, accompagné d’une escouade de gendarmes. S’ensuivent jets d’eau, irruption violente dans les maisons et passage à tabac sans discrimination. Tard dans la nuit, le bilan établi par diverses sources est lourd : deux morts et de nombreux blessés par balles. La population promet alors de se faire entendre le 25 février, jour de grève annoncé par les syndicats de transporteurs.

Lundi 25 février 2008. Des colonnes de fumée noire s’élèvent partout dans la ville de Douala. Très tôt dans la matinée, des transporteurs avaient en effet érigé des barricades aux principaux carrefours où ils ont mis le feu aux vieux pneus et incendié des kiosques installés sur le trottoir. Zéro moto, zéro taxi, zéro bus. La marche à pied devenu le seul mode de déplacement, se fait dans la difficulté. Les balles sifflent partout. La radio trottoir annonce des morts : un au feu rouge Bessenguè, un à Brazzaville, un à New-Déido, un à Bonabéri, « beaucoup » sur le pont du Wouri.

Le lendemain 26 février, les grévistes maintiennent les piquets de grève partout. Ils tiennent la rue. Des magasins sont pillés. Les vitres volent en éclat dans les stations service qui sont saccagées les unes après les autres. Les premiers morts réels sont promenés en ville par des manifestants en colère.

Mercredi 27 février, la grève tient toujours. Les incendies et les pillages continuent. La police et la gendarmerie étant débordées, les premiers militaires font leur entrée dans la danse. Ils tirent à balles réelles. Des éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir) sont déployés aux points sensibles. La tension baisse à un rythme lent. Un discours du chef de l’Etat est annoncé pour la soirée, à 20 heures. L’adresse de Paul Biya calme davantage les esprits. Mais un décompte de la presse fait état d’au moins 35 morts, des centaines d’arrestations et autant de blessés. Le 28 février, la fumée s’élève toujours des braises. Mais il n’y a plus de tirs et des casses. Seule la peur continue alors de régner dans une ville qui a failli basculer dans le chao.

A Yaoundé, le lundi 25 février 2008, personne n’ose penser à un soulèvement populaire. On sait tout juste que les conducteurs de taxi ont annoncé une grève pour protester contre la hausse du prix du carburant. Le mot d’ordre est plus ou moins suivi dans la capitale du Cameroun aux premières heures de la journée. Sans plus. Autour de 10h, des informations font état d’un début d’émeute à Douala. On parle également de mouvements dans d’autres villes du Cameroun. Dschang, Bafoussam, etc.

Mercredi 27 février 2008. Les populations de la capitale sortent de chez eux avec, à l’esprit, l’accord trouvé la veille entre le gouvernement et les syndicats de transporteurs urbains. Les taxis doivent donc reprendre leur activité. C’est même le cas dans les premières heures de la matinée, avant que la capitale s’embrase pour de vrai. A Biyem Assi, Mokolo, Tsinga, Essos… des jeunes gens en furie mettent le feu à tout ce qui peut brûler facilement : kiosques, bancs et autres objets en bois. Les taxis regagnent les garages, l’armée gagne la rue et saute sur les manifestants.
Des jeunes gens sont roués de coup par les militaires qui les soupçonnent d’être des émeutiers. Beaucoup sont arrêtés et jetés en prison. Plusieurs d’entre eux seront condamnés pour leur participation à ces émeutes.

Combien de morts au Cameroun au cours du vaste mouvement de révolte de février 2008 ?

Si l'Etat parle de 40 morts, celles-ci avaient estimé le bilan plus lourd, soit à une centaine de personnes tuées. Ces sorties dans les médias internationaux principalement, n'avaient pas du tout été appréciées par le gouvernement. Madeleine Affité, la présidente de l'Ong Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, branche du Littoral, ainsi que de la maison des droits de l'homme du Cameroun, dit avoir plusieurs fois reçu des menaces d'intimidation, son véhicule vandalisé au lendemain des émeutes au mois de mars. Mais elle n'est pas la seule à avoir été intimidé, les journalistes travaillant notamment pour la presse étrangère selon l'observatoire, avaient aussi été menacés.

2- La qualification des faits et des crimes

Les événements ci-dessus décrits constituent de graves violations des Droits de l'Homme au regard des Conventions ratifiées et signées par le Cameroun qui garantissent les droits Fondamentaux de la personne. Plusieurs dispositions du Pacte Internationale relatif aux droits Civils et Politiques ont été violées. Le Cameroun n'a pas utilise son droit de dérogation a plusieurs disposition du Pacte prévu à l' article 4. Toutes les dispositions du Pacte sont donc applicables aux événements en question.
-De plus le Cameroun a violé de manière massive le Droit à la vie de ses citoyens (Art. 6 du Pacte) lorsque les forces de sécurité ont tué par balle plus d'une centaine de civils a Douala et à Yaoundé.
-Le droit de n'être soumis, ni a la torture, ni aux traitements dégradants (Art. 7 du Pacte) a été également violé de manière massive. Les arrestations et détentions arbitraires documentées constituent quant à elles des violations de l' Article 9 du Pacte.

2- Les violations du Droit Pénal International

Un faisceau d'indices sérieux permettent d'établir que les actes perpétrés du 25 au 29 Février 2008 ont atteint un niveau de gravite justifiant qu'ont les qualifie de crimes contre l'humanité. Analysons ainsi qu'il suit les faits à l'aune des éléments constitutifs du crime contre l humanité et sur la base des éléments relatifs aux crimes.
-Eléments constitutifs du crime contre l'humanité: Pour que des actes soient considérés comme constitutifs de crime contre l'humanité, il doit avoir été commis dans la cadre d'une attaque généralisée et systématique lancée contre une population civile et en connaissance de cette attaque.
-L'attaque: En référence aux crimes contre l'humanité, ''une attaque est un comportement qui consiste en la commission d'acte de violence''. Le terme ''attaque'' englobe également ''les mauvais traitements infliges a la population''. Sur la base des informations recueillies, les actes de violences constates, de par leur nature, leur envergure et leurs caractéristiques faisaient tous partie d' un ensemble de comportement qui indiquent une attaque coordonnée et organisée entre les gendarmes, les éléments du Gmi et ceux du Gso.
-Son caractère généralisé et systématique: Le terme ''généralisé'' se réfère ''au caractère étendu ou à grande échelle de l'attaque qui est principalement reflété par le grand nombre de victimes''. Les évènements du 28 Février 2008 ont fait 136 morts et a 3000 arrestations selon les organisations des Droits de l'homme.

-Systématique: L'expression systématique se réfère 'au caractère ''organise des actes et a l'improbabilité de leur survenance ait été le fruit d'un hasard ''. Les faits survenus en Février 2008 suggèrent fortement une approche coordonnée entre la gendarmerie, la Gso, et le Gmi dans un effort manifeste de causer le maximum de victimes civiles et surtout parmi les jeunes.
-Populations civiles: Pour que des actes soient qualifiés '' crimes contre l'humanité'', l'attaque doit être orientée vers les populations civiles. Selon les informations en notre possession, les manifestants n'étaient pas armés et arboraient tous des tenues civiles.
-Avec connaissance de l'attaque: La coordination entre les forces de l'ordre a l'œuvre sur le terrain démontre l'assistance apportée par les uns aux autres.

-Conclusions sur les crimes contre l'humanité: Les membres du Gso, du Bir et du Gmi ont traqué les manifestants a travers les villes de Douala et de Yaoundé. En une journée, plus d'une centaine de civils ont trouvé la mort ou ont été gravement blessés. Indépendamment de la légalité de la manifestation, il ne saurait y avoir de justification en droit pour les moyens et méthodes utilises et pour la gravite et l' ampleur des actes de violence commis contre les civils par les forces de sécurité. Ces actes constituent une ''attaque généralisée et systématique contre la population civile en application ou dans la poursuite d'une stratégie ayant pour but de réprimer, au travers de la commission de cette attaque, le mouvement de contestation''. Le crime contre l'humanité est donc ainsi constitué.

3- Les responsabilités

-L'Etat du Cameroun est responsable des violations commises par ses agents de la police, la gendarmerie, les unités spéciales du Gso et du Bir. Toutes ces unites ont participe de manière coordonnée aux massacres de jeunes désarmés, sur instruction de leur hiérarchie. La participation de ces unités a ces violations est détaillée dans le rapport de l' Ondh joint en annexe.
-La première responsabilité de l'Etat camerounais est celle de protéger ses populations des graves violations des Droits de l'Homme, obligations qui découlent de plusieurs instruments internationaux ratifies par le Cameroun et du Droit International coutumier. Les forces de sécurité camerounaise ont montre qu'elles étaient incapable de protéger leur populations.
-La seconde responsabilité de l'Etat camerounais est de mener sans délai des enquêtes efficaces et de traduire et de traduire en justice les responsables des graves violations perpétrées pendant ces évènements. Ce Droit est garanti par le pacte International relatif aux droits civils et politiques (art.2) et par la Convention contre la torture (art.5). Cette obligation est également reprise dans plusieurs instruments internationaux et est aujourd'hui généralement considérée comme une norme du droit international coutumier. Le gouvernement camerounais est loin de s'acquitter de l'obligation qui lui incombe à ce titre.
-Une troisième obligation se rapporte au ''droit inaliénable de connaitre la vérité'' sur les graves violations des évènements de Février 2008. De manière manifeste, le gouvernement camerounais ne s' est pas acquitte de cette obligation.

2. Responsabilités individuelle pour les violations du Droit Pénal International
2.1. Il existe deux formes principales de responsabilité, alternatives, selon lesquels un individu peut être rendu pénalement responsable de violation du droit pénal international : la responsabilité directe ou la responsabilité indirecte ou la responsabilité du chef militaire ou hiérarchique. La responsabilité directe prévaut lorsqu' un individu commet, ordonne, favorise, aide et encourage ou alors assiste a la perpétration ou fournit les moyens pour la perpétration de crimes, ou contribue intentionnellement a la perpétration d'un crime par un groupe de personnes ayant un objectif criminel commun. La responsabilité indirecte ou de commandement prévaut quand un chef ou supérieur possède un contrôle effectif sur les individus ou sur les forces sous son commandement ou autorité, quand cet individu savaient ou aurait du savoir que les forces sous son contrôle commettaient ou étaient sur le point de commettre de tels crimes.

2.2. Au regard des informations consignées dans le rapport de l'Ondh et des normes édictées par les instruments internationaux ratifies par le Cameroun et le Droit International coutumier, il existe des motifs raisonnables de présumer, en relation avec les évènements de Février 2008, une responsabilité pénale individuelle des personnes suivantes :
-Le Président de la République, Chef des Armées, M. Paul Biya : Les faits rapportes dans le rapport de l' Ondh permette de présumer de sa responsabilité pénale directe voire une responsabilité de commandement, pour les faits qui se sont produits en Février 2008; en tant que Commandant en Chef des forces armées et de sécurité, le Président Biya a l' ultime pouvoir de commandement sur toutes les forces de sécurité engagées dans les évènements de Février 2008 d' autant que le discours télévisé délivré par lui le 27 Février 2008 a constitue un véritable permis de tuer octroyé aux forces de sécurité.

-Le Délégué a la Sureté nationale de l'époque, Edgar Mebe Ngo: Les informations présentées dans le rapport de l'ONDH indique qu'il existe des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe de Edgar Mebe Ngoh, voire une responsabilité de commandement pour les actes en relation avec les massacres de Février 2008. Les informations disponibles confirme la participation de éléments places sous son commandement, ce qui place ces unités ''au centre de l'attaque organisée et coordonnée contre des manifestants civils.

-Les Commandants des unités spéciales GSO, ESIR et le BIR ainsi que les Commandants de Légion de gendarmerie des provinces du Centre, Littoral, Sud Ouest, Ouest: Les éléments du rapport de l'Ondh établissent qu' il pourrait y avoir des motifs suffisants de présumer la responsabilité de chef militaire et de supérieur hiérarchique des Commandants d' unités ci-dessus énumérées.

Liste non exhaustive des personnes tuées au cours de ces évènements:

1 Ndimah Lovert Fuambuh DOUALA
2 Awana Touabe Blaise DOUALA
3 Dibaben Etienne dit Yoyo DOUALA
4 Dir. du snack "'prcole" a Akwa DOUALA
5 Ebanga Ndongo Lurie DOUALA
6 Ebwele Blaise DOUALA
7 Issom Joseph Mustapha DOUALA
8 Jabea Christian Daniel DOUALA
9 Mbede Thomas Lucres DOUALA
10 Mbeng Junior DOUALA
11 Ngounou Edouard DOUALA
12 Tsague Jules DOUALA
13 Kameni Auriol BAFANG
14 Kamga Romain DOUALA
15 Owuboki Paul KUMBA
16 Tantoh Emmanuel BAFOUSSAM
17 Tekoh Roland KUMBA
18 Bebbey Epee Thomas DOUALA
19 Bonang Omang Jean Pierre PENJA
20 Che Emmanuel KUMBA
21 Corps non identifie (un fou) LOUM
22 Etchong remy DOUALA
23 Hinsia DOUALA
24 Kamdem Kenmegne Jean DOUALA
25 Kameni Patrick Lionel LOUM
26 Maleg Thaddeus KUMBA
27 Minkante Makamte Jonas DOUALA
28 Minkoulou DOUALA
29 Nana Nameni G. Alias Nono L. DOUALA
30 Ngantchou Njenteg Timothee DOUALA
31 Nintedem Aurelien DOUALA
32 Norbert (prenom) MBANGA
33 Nsoh Nsoh DOUALA
34 Nyamsi Gervais DOUALA
35 Onah Patrick Joseph DOUALA
36 Oyema Paul KUMBA
37 Steven Abbia Joseph BUEA
38 Tabungong Emmanuel KUMBA
39 Turbo (sobriquet) DOUALA
40 Walter Stephen DOUALA
41 Anya Eyong Elvis KUMBA
42 Awah Debene BAMENDA
43 Che Emmanuel Tanifor BAMENDA
44 Etong Taile Andre DOUALA
45 Fontoh Isily BAMENDA
46 Ndogma Wamba Jules DOUALA
47 Nsaba Michel DOUALA
48 Saayem Jean De Dieu DOUALA
49 Tchapda Eric Martial DOUALA
50 Tiwa Jacques DOUALA
51 Anthony Foment BAMENDA
52 Blaise Ebouele
53 Prudencia Bih
54 Un moto-taximan (Benskinneur)

Source: Rapport de l'Observatoire National des Droits de l'Homme

NOMBRE DE MORTS SELON L'OBSERVATOIRE NATIONAL DES DROITS DE L'HOMME

Douala 100
Yaoundé Nc 2 (dont un policier)
Mbanga 2
Bafang 2
Buéa 2
Njombé-Penja 2
Loum 7
Bamenda 6
Santa NC 1
Bafoussam 4
Kumba 7
Limbé 5
Dschang 1
Muéa 1

TOTAL :Au moins 139

Le MDF 2008 interpelle la communauté nationale et internationale à un devoir de mémoire à tous nos martyrs

Chaque camerounais et amis du Cameroun devra:
- Avoir une pensée pour les 150 civils assassiné froidement en Février 2008
- Avoir une pensée pour les jeunes étudiants de l'université de Buéa assassinés par l'armée de Paul Biya
- Avoir une pensée pour l'enfant de Vanessa et de tous les enfants disparus au Cameroun
- Avoir une pensée pour les leaders anglophones injustements emprisonnés
- Avoir une pensée pour tous les Camerounais assassinés dans les régions anglophones.
- Sanctionner le pouvoir autocrate de Yaoundé qui a pris en otage notre peuple depuis 37 ans.

Le Mouvement de février 2008 continue à exiger

-La mise sur pieds d'une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur ce qui s'est passée en Février2008
-La libération de tous les prisonniers politiques
-Le dédommagement des victimes et des familles des victimes sans oublier les commerçants et opérateurs économiques qui ont perdu en 2008 leur biens ( Doléances que nous avons envoyées à l'ONU en 2009).
-La construction à Douala d'une place des martyrs

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